Nucléaire Militaire: Les bons et les méchants- Petits rappels historiques

Les activités nucléaires iraniennes occupent le devant de l’actualité depuis plusieurs mois. Permettez-moi d’éclairer vos réflexions de quelques rappels historiques. 

Lorsque l’Allemagne envahit la Tchécoslovaquie en 1939 et interrompt l’exportation de l’uranium qui ne servait, jusque là, qu’à la coloration du cristal de Bohême et à la fabrication d’enseignes lumineuses, plusieurs intellectuels juifs européens exilés aux états unis sont convaincus que les nazis vont parvenir à mettre au point la bombe atomique.

Devant l’incrédulité des autorités politiques et militaires anglaises et américaines, ils se tournent vers Albert Einstein qui acceptera d’écrire au président Roosevelt pour lui demander de coordonner et d’intensifier les recherches dans ce domaine afin de devancer l’Allemagne hitlérienne. 

Plus tard Albert Einstein dira : « J’ai commis la plus grande erreur de ma vie quand j’ai signé cette lettre au président Roosevelt… même s’il y avait une certaine justification à le faire… Si je savais que les Allemands ne réussiraient pas à fabriquer la bombe atomique, je n’aurais même pas levé le petit doigt…»

Ce n’est, en fait, qu’après l’attaque de Pearl Harbour par le Japon en 1941, que l’effort de guerre américain dans ce domaine commença véritablement pour aboutir à l’explosion de Trinity le 16 juillet 45 dans le désert du colorado.

Le directeur du projet Robert Oppenheimer se rappela l’un de ses passages préférés du Bhagavad-Gita : « Maintenant je suis Shiva, le destructeur de mondes… » Son adjoint, Kenneth Bainbridge ajouta : « maintenant, nous sommes tous des fils de pute ».

Le 16 juillet l’Allemagne a déjà capitulé depuis deux mois. Le lendemain commence la conférence de Potsdam au cours de laquelle l’Union Soviétique s’engage à déclarer la guerre et à attaquer le Japon.

Le président Roosevelt est mort le 12 avril. Harry Truman, vice-président depuis peu, lui succède. Il lui reste deux bombes, l’une à l’uranium hautement enrichi surnommée « Little Boy », l’autre au plutonium, surnommée « Fat Man ». 

Harry Truman fait larguer Little Boy le 6 août au-dessus de la ville d’Hiroshima puis Fat Man le 9 août sur Nagasaki. 

A son grand honneur, le général Dwight Eisenhower note dans ses Mémoires, lorsqu’il est informé de son usage imminent par le ministre de la guerre, Henry Stimson : « Je lui fis part de la gravité de mes doutes. D’abord sur la base de ma conviction que le Japon était déjà battu, et donc que l’utilisation de la bombe était complètement inutile. Ensuite, parce que je pensais que notre pays devait éviter de choquer l’opinion mondiale en utilisant une arme qui, à mon avis, n’était plus indispensable pour sauver des vies américaines. » 

De la même manière, le chef d’état-major, l’amiral William Leahy, un partisan du New Deal, écrivit : « Les Japonais étaient déjà battus et prêts à capituler. L’usage de cette arme barbare à Hiroshima et à Nagasaki n’a apporté aucune contribution matérielle à notre combat contre le Japon. » Les Etats-Unis, poursuivit-il, « en tant que premier pays à utiliser cette bombe ont adopté des normes éthiques semblables à celles des barbares du Haut Moyen Age ». 

En revanche, lorsqu’il fut informé de l’holocauste de Nagasaki, en revenant de la conférence de Potsdam, à bord du croiseur Augusta, Truman fit part de sa jubilation au commandant du bâtiment : « C’est la plus grande chose de l’histoire. » 

Il se trouve alors beaucoup d’admirateurs de tous bords  pour applaudir. Albert Camus est l’un des rares intellectuels à s’insurger le 8 août dans le journal Combat :  

« Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes, que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football.

Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase: la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie.

Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. En attendant, il est permis de penser qu’il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles.

Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d’aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d’idéalisme impénitent, ne songera à s’en étonner. Ces découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu’elles sont, annoncées au monde pour que l’homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d’une littérature pittoresque ou humoristique, c’est ce qui n’est pas supportable. 

Qu’on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction d’Hiroshima et par l’effet de l’intimidation, nous nous en réjouirons. Mais nous nous refusons à tirer d’une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d’une véritable société internationale où les grandes puissances n’auront pas de droits supérieurs aux petites et aux moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l’intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État. »   

Rapidement commencent la guerre froide et la chasse aux sorcières. En 1949, les Soviétiques font exploser leur première bombe A. En représailles, le gouvernement et la justice des USA condamnent et exécutent Julius et Ethel Rosenberg pour espionnage en 1951. On pourrait penser que les USA vont conserver pour eux tous ces secrets mortels. 

  Pourtant, dès 1957, dans le cadre du programme « atomes pour la paix », les USA commencent à distribuer de la technologie et de l’uranium enrichi à leurs alliés. La Grande Bretagne,  l’Iran, l’Afrique du sud, la Turquie, le Japon, l’Allemagne, Israël, l’Argentine et la France seront les premiers bénéficiaires.

Ensuite viendront, plus discrètement et notamment, avec l’aide du Canada et de la France, la Chine l’Inde et le Pakistan, l’Egypte, l’Argentine, l’Arabie saoudite et l’Irak. Pour un certain nombre de ces pays, on s’interroge sur l’utilité immédiate d’une industrie nucléaire civile. Au gré des changements d’alliance, tout le monde aidera tout le monde. Au total 44 pays disposent aujourd’hui de la technologie nécessaire à la fabrication d’une bombe.

8 pays admettent aujourd’hui en disposer. Parmi eux trois n’ont pas signé le traité de non-prolifération nucléaire à savoir Israël, le Pakistan et l’Inde.   Il serait fastidieux de décrire en détail le rôle joué par la technologie nucléaire dans les politiques des pays les plus riches du monde qui sont également les plus importants exportateurs d’armes de la planète.   

Rappelons  toutefois quelques dates :   En France, la première bombe atomique fabriquée avec du plutonium explose en 1960 dans le sud algérien. Ce plutonium a été fabriqué par retraitement du combustible UNGG français avec un procédé américain du nom de PUREX. La première bombe H  (tritium + plutonium) explosera dans le pacifique en 1968. Pour cela il n’était pas nécessaire d’enrichir l’uranium. 

Mais la première centrale française utilisant de l’uranium enrichi est mise en service en 1967. Le premier sous-marin fonctionnant à l’uranium enrichi est lancé en 1971, La plus ancienne centrale en fonctionnement, de conception américaine, démarre en 1977. 

D’où provient la matière enrichie ? Des USA, de Russie ? L’usine française d’enrichissement Eurodif, la seule en dehors des USA utilisant le procédé américain de diffusion gazeuse et dont la construction est décidée en 1973 ne sera mise en service qu’en… 1979.   

Revenons à l’usine d’enrichissement Eurodif ; aux termes d’un accord signé en 1974 entre le Shah d’Iran, le président Giscard d’Estaing et son Premier ministre Jacques Chirac, la construction a été financée par un prêt de l’état iranien de 1 milliard de dollars. L’état iranien est également propriétaire de 10 % du capital et doit recevoir 10 % de l’uranium enrichi.   

La même année en 1974, la république indienne fait exploser sa première bombe.   En 1979, année de mise en service de l’usine Eurodif, avec l’aide des USA et l’appui du gouvernement français, les Ayatollahs prennent le pouvoir en Iran. Par la suite, les avoirs iraniens seront bloqués par le gouvernement français, ce qui provoquera, pendant les années 80 une série de meurtres et d’attentats dont celui de Georges Besse en 1986. Depuis, on a donné son nom à cette fameuse usine française d’enrichissement qu’il a bâti et dirigé pendant 10 ans. 

La même année, en 1986, en Israël, Mordechaï Vanunu révèle l’existence du programme nucléaire israélien. Enlevé à Londres par les services secrets israéliens, il passera 18 ans en prison et est encore aujourd’hui assigné à résidence à Jérusalem.

Ariel Sharon n’a admis l’existence de l’arsenal nucléaire israélien qu’en 2004.   Depuis le Pakistan, avec l’aide de la Chine et de quelques pays occidentaux, a également fait exploser sa bombe.    

C’est apparemment aujourd’hui le tour de l’Iran, pour quoi faire ? pour assurer l’équilibre de la terreur avec Israël ?   Est-ce que l’arme nucléaire garantit la paix comme le pensent certains, ou est-ce qu’au contraire, c’est un risque toujours plus grand ?   

Disparaîtrons nous de l’effet de serre ou de l’enfer nucléaire ? Qu’est ce qui autorise certains états a en posséder tout en faisant la morale aux autres ? Suffit-il à un état de ne pas avoir signé le TNP (Traité de Non Prolifération) pour faire ce qu’il veut et de l’avoir signé pour être désigné comme criminel ?  

La conclusion de l’article d’Albert Camus le 8 août 1945 est toujours d’actualité :    « Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison. » 



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